Au fil des siècles

Des débuts merveilleux

Vers 510, l’ermite Vigor, l’un des tous premiers évangélisateurs du Bessin et futur évêque de Bayeux, fonde l’abbaye primitive, vraisemblablement sur les vestiges d’un temple druidique. Selon la légende, un riche seigneur, Volusien, fit appel au saint homme afin de délivrer la forêt de Cerisy d’un « énorme serpent » qui y sévissait, terrorisant la population.

Saint Vigor, imprimant le signe de la croix au-dessus de l’horrible bête, la terrassa, la ceignit de son étole, et la confia à son clerc et ami, Theodomire, qui la noya. En remerciement de ce « miracle », Volusien offrit alors au saint homme le domaine de Cerisy et les vingt-cinq villages qui en dépendaient. Saint Vigor y bâtit un monastère, dédié à Saint Pierre et Saint Paul.

Des invasions vikings à la naissance du duché de Normandie

Depuis le début du IXe siècle, la Neustrie est envahie par les Vikings. Les maisons et l’église de Cerisy subissent les assauts des incursions vikings et sont pillées et détruites.

Le 20 juillet 911, le chef viking Rollon subit une grave défaite sous les murs de Chartres. Cette défaite va ouvrir la voie à des négociations avec le roi Charles le Simple, qui aboutissent à ce qu’on appelle le traité de Saint-Clair-sur-Epte. En contrepartie de son allégeance au roi et de sa conversion au christianisme, Rollon obtient la terre située « entre l’Epte et la mer »  pour qu’il la tienne « en alleu et propriété ». Rollon s’engage à assurer la protection du royaume contre les pillages de ses compatriotes vikings. La nouvelle Normandie peut, dès lors, s’intégrer au royaume. Rollon continue néanmoins son expansion territoriale. En 924, il s’empare des régions de Bayeux et du Mans. En 933, son successeur, Guillaume Longue-Epée reçoit du roi Raoul le Cotentin et l’Avranchin. Les ducs de Normandie occupent désormais toute la province ecclésiastique de Rouen.

De Robert le Magnifique à Guillaume le Conquérant : reconstruction du monastère

Statue de Robert le Magnifique sur le socle de celle du Conquérant à Falaise
Statue de Robert le Magnifique sur le socle de celle du Conquérant à Falaise

Vers 1030, le duc Robert le Magnifique, l’un des descendants de Rollon, édicte, en présence d’Hugues d’Ivry, évêque de Bayeux, la charte de la fondation d’un nouveau monastère d’hommes à Cerisy. Robert le Magnifique dote le monastère, soumis à la règle des Bénédictins et dédié à saint Vigor, de biens, terres, forêts et privilèges. En 1034, il y fait apporter de précieuses reliques que lui avait léguées le patriarche de Jérusalem.

Guillaume le Conquérant
Guillaume le Conquérant

Son fils et successeur, Guillaume le Conquérant, poursuit l’œuvre de son père. L’abbaye est bâtie sur un plan bénédictin de la Normandie ducale, d’architecture romane, en pierres de Caen. En 1048, il fait don d’une relique au monastère : un os du bras droit de saint Vigor.

On suppose que les travaux d’édification des sept travées de la nef furent entrepris durant les deux dernières décennies du XIe siècle. Le tracé et la création des fondations de l’abside dateraient de 1089.

Du XIIe au XIVe siècle. Des ducs de Normandie aux rois de France : les années de gloire

Dessin de Henri Javalet reconstituant l'église et l'entrée de l'abbaye au XIIIe siècle
Dessin de Henri Javalet reconstituant l'église et l'entrée de l'abbaye au XIIIe siècle

Au XIIe siècle, l’abbaye étend ses pouvoirs sur les anciennes abbayes mérovingiennes de Deux-Jumeaux et Saint-Fromond et  fonde des prieurés à Saint-Marcouf, Barnavast et Vauville.

À cette époque, une dévotion commune à la cause de l'Église romaine soude les Normands d'Angleterre, de France, d'Italie méridionale et de Grèce. Partout, leur efficacité militaire s'affirme, ainsi que leur talent pour la construction. L'architecture religieuse connaît alors sa période la plus brillante.

En 1178, le pape Alexandre III confirme, par une bulle particulière, les privilèges de l'abbaye, qui atteint alors l'apogée de sa gloire. L’abbaye, au cœur d’un bourg alors important, rayonne sur de nombreuse paroisses et prieurés, et entretient d'étroites relations avec les monastères du Mont-Saint-Michel, de Saint-Ouen, de Jumièges, du Bec-Hellouin, de Fécamp et de Caen.

Au début du XIIIe siècle, le roi de France, Philippe Auguste, confisque les terres de son vassal, Jean sans Terre, successeur de Richard Cœur de Lion. En 1204, le roi conquiert la Normandie, qui est incorporée au domaine royal.

L’abbaye ducale devient abbaye royale. De nombreuses dotations royales vont permettre l’exécution d’importants travaux. La façade est modifiée par la construction d’un porche gothique et de deux tours ; les bâtiments claustraux sont agrandis. En 1260, un don de Saint Louis, de passage à l’abbaye sur la route du Mont-Saint-Michel, concourt à l’édification de la chapelle de l’abbé.

Des dons de Charles IV en 1323, et de Charles VI en 1398 sont sans doute à  l’origine des travaux de voûtement du chœur de l’abbatiale et de la reprise de l’abside, dont la coursière supérieure est modifiée afin de lancer les nervures de la voûte gothique. Enfin, les huchiers de Cerisy réalisent un riche carrelage vernissé, ainsi que les stalles.

L’abbaye se relève de la guerre de Cent Ans

À l’aube du XVe siècle, le royaume de  France apparaît riche, peuplé et puissant. Cependant, les rivalités dynastiques entre les Capétiens et les rois d’Angleterre vont bientôt précipiter le pays dans la guerre de Cent Ans. Une longue période de cent seize ans commence, qui va plonger le pays dans de grandes difficultés économiques et la misère, encore aggravées par des épidémies de peste.

L’abbaye est fortifiée et une garnison s’y installe. En 1418, Richard de Silly, chevalier et capitaine de l’abbaye, se voit contraint de remettre les clés de l’abbaye au roi d’Angleterre.

Après la victoire du connétable de Richemont sur les Anglais à Formigny en 1450, la Normandie revient définitivement au royaume de France.

 

Les abbés Sabine et Le Clerc œuvrent désormais à la restauration de l’abbaye. Des travaux de renforcement des piles de la croisée du transept et des arcs les reliant sont entrepris. De nombreuses baies sont bouchées; d’importants aménagements dans la chapelle de l’abbé sont réalisés. Richard Sabine, abbé de 1446 à 1472, entreprend la construction d’un nouveau cloître, achevé par son successeur l’abbé Laurent Le Clerc, et aujourd’hui disparu. L’abbé Leclerc est inhumé dans la nef.

Le déclin au temps de la commende

En 1502, l'abbaye passe sous l'autorité d'abbés commendataires – administrateurs temporaires, laïcs ou séculiers des biens d'église, sans obligation de résidence, et bénéficiant des revenus qui y sont attachés. L'état des locaux se dégrade  progressivement et la rigueur monastique se relâche.

La France, après la période de prospérité qui a suivi la fin de la guerre de Cent Ans, connaît de nouveau les atrocités de la guerre : une lutte sanglante oppose les partisans de la Réforme calviniste au parti catholique des Médicis. Commencent les guerres de Religion. Le jour de la Pentecôte de l'année 1562, les protestants s'emparent de Cerisy, saccagent et détruisent l'abbaye. Les documents, chartes et autres biens irremplaçables, sont emportés ou brûlés. Trois ans après, la foudre endommage le clocher et incendie la nef.

Depuis, l'histoire de l'abbaye ne cesse de décliner. De 1652 à 1661, le cardinal Mazarin est nommé abbé, mais ne se rendra jamais à Cerisy. L'année 1714 voit s'écrouler le croisillon nord à la suite d'un incendie; il est reconstruit à peu de frais et sans goût.

La congrégation de Saint-Maur : un nouveau souffle

À partir de 1716, l’abbaye, placée sous la direction de la congrégation bénédictine de Saint-Maur, revit. Pour un temps.

Le monastère gothique est démoli et reconstruit dans le style classique. En 1731, on pava en grand carreau de pierre dure, la nef de l'église et les deux collatéraux jusqu'aux autels des chapelles de la Sainte Vierge et de saint Nicolas. En 1738, le chœur, la voûte et les quatre piliers de la tour, « tombés en vétusté », sont consolidés et blanchis. La partie occidentale de la nef est alors attribuée à la paroisse et séparée de la partie réservée aux moines par un refend (mur). En 1766, le dernier étage du clocher est reconstruit.

Le démantèlement sous la Révolution

En 1788 meurt le dernier abbé, Paul Albert de Luynes, cardinal archevêque de Sens et primat des Gaules.

En 1791, la Révolution chasse les sept derniers moines – du temps de sa splendeur, l’abbaye en comptait jusqu’à soixante. Quatre ans plus tard, les bâtiments monastiques sont en majeure partie détruits, et les terres vendues. La commune ne conserve que l’église et la chapelle de l’abbé, attribuées en totalité à la paroisse.

En 1811, le conseil de fabrique (groupe de clercs ou de laïcs chargé de l’administration financière d’une église) décide de faire abattre, contre l’avis du curé, les quatre dernières travées romanes, la travée et le porche gothique ajoutés au XIIIe siècle, ébranlés par le tremblement de terre de 1775. Les matériaux sont vendus pour payer les réparations les plus pressantes.

Les temps modernes : sauvetage et préservation

En 1840, l’abbaye est inscrite au registre des Monuments historiques.  En 1939, M. l’abbé Guillemin fonde l’Association des Amis de l’Abbaye. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les efforts conjugués du service des Monuments historiques, de la municipalité et de l’Association des Amis de l’Abbaye ont permis le lancement de tranches d’importants travaux de sauvetage et de restauration.

Dates et horaires d'ouverture :

Avril : de 11h à 18h, tous les jours sauf le lundi;

Mai à août : de 10h à 18h, tous les jours;

Septembre : de 11h à 18h, tous les jours sauf le lundi;

Octobre : de 12h à 18h, uniquement le weekend.


OUVERTURES EXCEPTIONNELLES les 1 et 2 octobre et le 1er novembre.


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